Qui suis je ?

Mon histoire depuis 1964

A la rentrée 1964 et sur les conseils d´un ami de mon père, lui-même ancien de l´école d´horlogerie de Cluses et horloger bijoutier à Nice, je rentre à l´école de Cluses. Ce métier m´était tout à fait étranger, mais à l´époque notre maison jouxtait une boutique tenue par un horloger, Monsieur Pasquier . Souvent le soir, il m´arrivait de l´observer penché sur son établi, éclairé par une lampe, três concentré. J´en ressentais une drôle d´émotion teintée à la fois de retenue et d´admiration. Comment peut-on intervenir dans des mécanismes aussi complexes et surtout aussi petits ? Mois qui était incapable de démonter un quelconque jouet mécanique sans même penser à désarmer le ressort. Bref, je n´étais pas doué mais très admiratif et curieux et ma scolarité cahotante du Lycée Berthollet d´Annecy me destinait immanquablement vers le technique...
L´examen d´entrée réussi, au grand étonnement de mes parents, me voilà admis à l´Ecole Nationale d´Horlogerie de Cluses. Les bâtiments Napoléon 3 très impressionnants, l´uniforme avec casquette d´aviateur, la discipline et tout le reste. J´étais un peu perdu, l´internat, l´inconnu pour un jeunot de 14 ans. Je me souviens de nuits blanches passées à observer de l´autre côté de la cour le blason de l´École (une abeille) éclairé par un luminaire. Quelle angoisse moi qui suis toujours à la traine, sauf en français et en gym (je jouais au rugby), comment aurais-je les capacités à rester, mes parents ayant beaucoup investi pour l´achat de mon trousseau et pour l´outillage de base. Miracle ! Dès les premiers cours, les premiers gestes, le déclic ! La valorisation du potache ! Enfin je pouvais être jugé à l´aune de travaux pratiques et concrets. Les jours, les mois s´enchainent et toujours le besoin d´exécuter les tâches basiques qui nous étaient offertes au mieux de mes moyens . Résultat, 1er trimestre, major !!! Surprise énorme, fierté pour mes parents, tout allait pour le mieux. Les exercices proposés consistaient à l´époque à acquérir la maitrise du geste (essentiel dans notre métier), tourner rond et limer plat.
Cette maxime doit encore résonner aux oreilles des techniciens de ma génération. Corrélativement aux travaux d´atelier, nous faisions de la technologie et du dessin industriel, tout cela complété par des cours d´enseignement général. Si ma mémoire est bonne, cela se décomposait à environ ¾ d´horlogerie et ¼ d´enseignement général, le tout sur 40 heures par semaine. Comme le dit l´adage, c´était de l´intensif ! Les fondations étaient bonnes, la preuve, cela date de 46 ans et mon quotidien depuis. Cette construction graduelle semble désuête et je le regrette aujourd´hui. Les professeurs de l´époque, Messieurs TRIVIDIC, CHAMPION, SULZER et surtout POUYET étaient des références De la profession et notre admiration quant à leur dextérité nous fascinait. Nous nous acharnions à Ajuster ou à polir nos pièces avec tout notre cœur.
Les trimestres se succèdent, puis les années entrecoupées aux vacances de stages d´été en fabrication en ce qui me concerne. Les établissements ELGE m´accueillaient pendant 6 semaines. Je montais des trains de rouages, des ponts, des mécanismes de remontage. Tout cela pendant que mes copains vivaient leur vie d´ados!!!, mais quelle joie d´avoir mes premiers francs qui à l´époque m´avaient permis de m´acheter la moitié de la valeur de mon « Solex » , l´autre ´tant complétée par mon cher papa. L´autre avantage faisait qu´À la rentrée suivante j´avais amélioré cette fameuse déxtérité et mes résultats scolaires s´en ressentaient immédiatement. La progression normale, des plus gros gardes temps, (comtoises, carillons, pendules de Paris, aux montres de plus en plus petites et compliquées, ah les premières montres automatiques fabriquées à Annemasse par la Maison HS, (horlogerie de Savoie) des années 1960 avec roulement à billes et une masse oscillante si lourde qu´elle nous entrainait le bras (j´exagère), bref les brides, freins de tirette, tiges, axes de toute dimensions n´avaient plus de secrets de fabrication. La précision du geste Était définitivement acquise. Venait alors le cœur du métier,trouver rapidement une panne et agir efficacement et cela sur tout garde temps, facile à dire... Quel horloger n´a pas pesté sur un déclenchement de carillon défectueux ou sur le tampon inférieur d´un cylindre récalcitrant.
L´année 1967/1968, diplôme en poche, je pars à Annemasse au Lycée Technique dans lequel il y avait une section « achevage » qui consiste à monter et régler les échappements et balanciers, l´exercice le plus pointu du montage d´une montre. A la fin de cette année, j´avais 18 ans, je voulais rentrer dans la vie active, mon père, alors directeur commercial d´une fabrique d´horlogerie sise à Annecy, les montres ELGE, parle de moi à une relation, laquelle venait d´ouvrir sur Annecy un atelier de réparations d´horlogerie. Me voilà embauché la semaine suivant ma sortie de l´école, (heureux temps!). La présentation à l´équipe d´horlogers m´a marqué pour le restant de mes jours. Monsieur DARD, directeur me présente, Christian Maillet, fraichement major de promotion de Cluses, Messieurs Finetti, Martinod etc, etc, bon maintenant vous allez nettoyer les bracelets !!! Et me voilÀ dans une sombre pièce nettoyant les fameux bracelets extensibles, courants de l´époque. Sage leçon de réalisme et de modestie face au métier. Les comtoises, carillons, pendules de Paris étaient mon quotidien, en plus j´allais souvent les installer chez les clients le samedi avec ma fiancée de l´époque et aujourd´hui toujours mon épouse. L´armée dans l´aviation m´a permis de réfléchir au fonctionnement de l´atelier idéal en partant d´un simple raisonnement, comment faire remettre en état une montre dans un minimum de temps avec un maximum d´efficacité, et cogitant étape par étape et en optimisant chaque geste.Tout, dans les moindres détails était prévu du démontage à la facturation !
Dès mon retour de l´armée, mon pêre ayant acheté l´affaire de mon patron, je me suis retrouvé à appliquer ma méthode aidé à l´époque de mon frère Bernard, le fameux pêcheur à la mouche de renommée mondiale qui était lui aussi horloger mais dont les immenses qualités de pêcheur l´on rapidement détournées du métier.
L´affaire que j´ai développée était capable de produire dans les années 80/90 pour environ 70 bijoutiers, 12000 réparations par an avec trois personnes ! Mais tout cela est maintenant de l´histoire ancienne, ma passion est toujours là mais j´ai cessé ce type d´activité qui me prenait une énergie folle, pour mieux me recentrer sur le vrai métier qui est le mien, entretenir et valoriser les gardes temps de qualité. Tout au long de ces années j´ai constitué un stock exceptionnel de fournitures de toutes marques et de toutes époques de la chaine d´ognon 18e , en passant par les verres creux et les aiguilles de l´époque, aux fournitures de tout calibre courant des années 1960, 1970,1980,1990, de toutes origines franÇaises, suisses, allemandes, ainsi qu´une quantité très importante des plus grandes marques mondiales, (OMEGA, LONGINES,TISSOT, ROLEX, JEAGER LE COULTRE, ZENITH, MOVADO, etc, etc. Bref, il serait fastidieux de toutes les citer car j´ai mis plus de 30 ans, à raison de quelques heures par semaine, à classer et référencer tout ce stock disponible que m´ont cédé les fabricants et horlogers locaux. Cela me permet aujourd´hui d´entretenir ou de réparer toute montre de toutes marques y compris prestigieuse. Quant aux montres anciennes, je fabrique souvent des axes, refait des spiraux, change régulièrement les pierres grisées, les cadrans abîmés, les verres etc, etc... Aujourd´hui tout ce savoir j´aimerais le transmettre!!!
J´ai tout au long de ma carrière formé une douzaine d´horlogers et un nombre très important de stagiaires tous ne sont pas en Suisse mais aucun n´a voulu reprendre mon activité, sans doute l´époque et les contraintes les ont découragés. Voilà pourquoi je continuerai le plus longtemps possible mon métier, peut-être qu´un jour la providence fera qu´un jeune aura les capacités et surtout le courage et la passion d´entreprendre, sait-on jamais. En 1980, je quitte mon atelier d´Annecy pour m´installer à la campagne sur la commune de Thusy. Disposant de vastes locaux que j´ai restauré afin d´y installer l´atelier au rez de chaussée au début, puis ajoutant un étage dans les combles en 1974, disposant ainsi de 140 m2. Outillage, machines à nettoyer, tours, fraiseuse, polisseuses, j´ai investi dans l´outil de travail afin de ne pas être freiné en quoi que ce soit. Les postes exposés au sud, éclairés par de larges baies, parquet chêne, tout y est.